Hommage à Pierre Cao (1937-2026)
C'est avec une profonde tristesse que l'équipe de l'INECC Mission Voix Lorraine a appris la disparition de Pierre Cao, survenue le 14 mai 2026 à l'âge de 88 ans. Musicien d'exception et pédagogue visionnaire, il restera pour nous l'homme qui a su donner une voix et une structure à l'art choral en Lorraine.
En fondant l'INECC Mission Voix Lorraine en 1992, Pierre Cao ne créait pas seulement un institut ; il portait une ambition politique et culturelle forte pour notre région. Son objectif était de faire de la Lorraine un carrefour européen de la pratique chorale, en plaçant la formation des chefs et l'exigence artistique au coeur de chaque projet.
Le parcours de Pierre Cao est celui d'une détermination sans faille. Né à Dudelange, ancien ouvrier d'usine, il a gravi tous les échelons de la direction d'orchestre jusqu'à la reconnaissance internationale. Cette trajectoire unique lui a conféré une humilité et une proximité avec les musiciens, amateurs comme professionnels, qui ont marqué l'esprit de l'INECC dès sa création.
Aujourd'hui, l'INECC Mission Voix Lorraine continue de porter les valeurs d'excellence et de transmission chères à son fondateur. De la direction de l'Orchestre RTL à la fondation du Choeur de Chambre de Namur ou d'Arsys Bourgogne, Pierre Cao a irrigué l'Europe de sa passion, mais c'est ici, à Metz et en Lorraine, qu'il a ancré durablement sa mission pour la voix.
L'équipe de l'INECC Mission Voix Lorraine s'associe à la douleur de sa famille et de ses proches et s'engage à faire résonner, longtemps encore, l'héritage de ce grand maître.
Dans la vie d'un homme, il est des rencontres rares, marquantes, qui sont déterminantes dans son parcours de vie. Ma rencontre avec Pierre Cao a été de celles là. Je me permets d'en évoquer trois moments, non pas pour me mettre en avant, mais pour témoigner des qualités humaines, artistiques et pédagogiques de cet homme exceptionnel.
Entre 1981 et 1983, le Mouvement A Coeur Joie confie à Pierre un cycle de formation de ses futurs "instructeurs", comme on disait à l'époque. J'ai eu la chance et le privilège d'en faire partie. J'ai découvert un musicien passionné, généreux, sensible, curieux. Un pédagogue exigeant, rigoureux, qui nous a amenés à nous questionner sur ce qu'est un chef de choeur et les champs de compétences à maîtriser, sur les progressions à construire. Ma réussite au Certificat d'aptitude de professeur de chant choral à l'automne 1981 (le 1er organisé en France) doit beaucoup au choc de cette première rencontre.
Quelques années plus tard, Pierre m'a accueilli dans la classe supérieure qu'il animait au Centre de Chant Choral de Namur en Belgique. Pendant deux années scolaires, j'ai pu approfondir avec lui ma formation, vivre un enseignement régulier à la direction de choeur au contact d'un pédagogue ouvert, toujours en questionnement et en recherche, exigeant. Cela a profondément nourri la construction du cursus de la classe de direction chorale que j'étais en train de mettre en place au Conservatoire de Strasbourg.
En 1992, Pierre crée l'Institut Européen de Chant Choral, qui vient compléter en Lorraine le réseau des Centres d'Art Polyphonique (qui se sont développés en France depuis 1980). Le nom de la structure signifie bien l'ambition de ce projet, qui n'a pas pu se réaliser complètement comme Pierre l'avait imaginé. Visionnaire, il voulait créer une seule structure transfrontalière entre la Lorraine, le Luxembourg et la Wallonie, trois territoires dans lesquels il était fortement impliqué, avec l'idée de l'élargir à la Sarre. Il était question à l'époque de la création d'un statut d'association transfrontalière européenne. (Idée qui vient d'être relancée par la Commission européenne en 2023… et toujours pas aboutie). Pierre était trop en avance. Pragmatique, il a donc créé l'INECC Lorraine, L'INECC Luxembourg et un travail en réseau avec le Centre de Chant Choral de Namur. Directeur bénévole pendant les premières années, il m'a fait confiance en 1996 pour occuper le poste de directeur rémunéré pour lequel il venait d'obtenir les financements.
Pierre était donc également un bâtisseur (il l'a montré quelques années plus tard avec la création de la Cité de la Voix de Vézelay avec les Rencontres Musicales et le Choeur Arsys).
Je voudrais aussi mettre en évidence une autre dimension de la personnalité de Pierre : il est l'un des rares musiciens professionnels que je connaisse qui, tout au long de sa vie, a montré autant de respect, d'engagement, d'exigence pour le monde professionnel comme pour le monde amateur. Avec la volonté d'établir à tout moment des ponts, des rencontres, des passerelles entre culture et éducation populaire (même s'il n'employait peut-être pas ce terme). Ce que nous avons tellement de mal à faire en France…
Pierre Cao a eu une grande influence dans la mutation importante du monde choral à partir des années 1980, et ce jusqu'à la fin de sa carrière. De ses débuts avec la chorale amateur de Dudelange jusqu'aux orchestres et choeurs professionnels internationaux, il a réussi à transmettre son amour de la musique, sa grande sensibilité, sa curiosité, dans une même recherche exigeante de qualité, de respect des oeuvres et des publics, tout en s'adaptant aux personnes avec lesquelles il travaillait : permettre à chacun de progresser dans sa compréhension de la musique, dans l'acquisition de compétences artistiques et techniques pour pouvoir s'exprimer à son meilleur niveau, voilà ce qui était au coeur de son enseignement et de son action en tant que chef de choeur et d'orchestre. Merci Pierre. Puisses-tu continuer à nous inspirer longtemps.
Florent Stroesser, ancien directeur de l'INECC Mission Voix Lorraine
C'était un chef d'une très grande pédagogie, toujours dans l'esprit de la transmission, avec simplicité, sachant faire comprendre ses intentions à ses choristes quel que soit leur niveau. Un Grand Monsieur qui a fait énormément pour l'art vocal et choral dans notre région et par delà les frontières. Merci Monsieur. Nous ne vous oublierons pas.
Brigitte Damien
Enfant il m'a mis au violon. Plus tard en tant que journaliste je l'ai rencontré souvent de belles rencontres faites de respect mutuel et de bonnes rigolades. Un tout grand homme. Merci Pierre.
Thierry Hick
Mon premier grand chef de choeur, à jamais, avec la Psalette de Lorraine , et pionnier parmi les pionniers du baroque des années 80... Aujourd'hui l'aventure baroque continue toujours et encore, grâce à Pierre, auprès de Patrick Heilmann et le grand Choeur du Songe du Roi de Dijon.
Jacques Dubruque
Pierre, je l'ai rencontré alors que je dirigeais à Metz et à Nancy sans aucune formation et que je me trouvais devant une très grande demande tant sur le plan des répertoires que sur celui de la gestique. Il m' appris "arsis", un mouvement de poignet qui a donné son nom quelques décades plus tard à son ensemble. Je lui dois un vrai plaisir à diriger et à enseigner la direction dans le mouvement à coeur joie. J'ai été son remplaçant avec Françoise Brunier lors d'un voyage aux USA... Beaucoup de souvenirs et je profite de ce medium pour transmettre à son épouse Émilie que j'ai eu aussi la chance de connaitre, mes affectueuses pensées car elle l'a soutenu avec une absolue abnégation.
Yves Dupont
J'ai eu la chance de suivre ses cours à l'INECC à Metz et à Luxembourg. Le chef de choeur, chef d'orchestre et pédagogue luxembourgeois Pierre CAO (1937-2026) est décédé le 14 mai. La France eût été bien avisée de créer pour lui une classe de direction de choeur au Conservatoire National de Paris (CNSMDP). Mais quand la question fut posée au ministère de la Culture de l'époque, il lui fut répondu « qu'il y avait déjà une classe au CNSM de Lyon. » Reconnaissance éternelle à ce grand musicien qui nous a accueilli dans sa classe à Metz et à Luxembourg et ouvert au monde choral et à sa richesse. Vun ganzem Häerzen, Merci, léiwe Meeschter!
Pierre-Louis Godeberge
J'ai eu le privilège de travailler aux côtés de Pierre Cao en tant que personnel administratif de l'INECC Lorraine, de sa création jusqu'en 2008. J'ai ensuite poursuivi mes activités administratives à l'INECC Luxembourg. Grâce à lui, les pratiques vocales se sont largement développées dans la Grande Région. Il m'a aussi donné l'envie de rejoindre une chorale, alors que je n'avais aucune expérience dans le chant. Je lui en suis très reconnaissante. Merci Pierre pour tout ce que tu as transmis et pour avoir donné à tant de personnes, comme moi, l'envie de chanter et de s'épanouir.
Christine Cappe
Les hommages affluent de toute part. Ils sont le signe de l'importance de l'action de Pierre Cao en Lorraine (et ailleurs). Je voudrais insister sur un point: Pierre s'est soucié concrètement de la vie des chorales d'amateurs en Lorraine. Il a dirigé pendant vingt ans la « Psallette de Lorraine », ensemble
vocal-phare de l'association de chant choral « A Coeur Joie » Lorraine. Peu de musiciens professionnels, à ma connaissance, ont ainsi pris en main sur le long terme des groupes amateurs. De plus, Pierre a consacré beaucoup de temps à encadrer nombre de stages de formation de chefs de choeur à travers la France entière, contribuant à élever le niveau des groupes. Parallèlement il a créé en 1992 l'INECC (institut européen de chant choral) : un centre de ressources très actif où peuvent s'abreuver tous les chefs soucieux de se perfectionner. Je suis persuadé que par son action le niveau des groupes de chant choral non professionnels s'est amélioré. Merci, Pierre de nous avoir montré le chemin par l'amour de la musique que tu montrais, le respect des partitions que tu nous a enseigné, les aspects techniques qui nous ont
permis d'avancer...
Gabriel Baltes
Pour le livret du coffret "Électre", j'avais demandé à Pierre de m'envoyer un CV. Et en retour j'avais reçu trois lignes ainsi rédigées: "Pierre Cao, chef de choeur, dirige des choeurs. Également chef d'orchestre, il lui arrive de diriger des concerts pour choeurs et orchestre". Poubelle immédiatement, et j'avais profité d'un voyage SNCF entre Paris et Metz (à l'époque où il fallait encore 3h et demi) pour le séquestrer littéralement dans un compartiment et l'obliger à me raconter sa vie, sa vocation, ses rêves... Quelle découverte, depuis ses premiers pas musicaux sur un harmonium de Dudelange, son voisin de chambre en sanatorium qui n'était autre que Michel Corboz, et tant d'autres rencontres et coïncidences qui rendaient plus attachant encore ce type dont je garde le souvenir d'un colosse qui m'intimidait jusque-là avec son accent si éloigné de mon patois breton ! Adieu Pierre. Qui pourra mieux que toi faire chanter aux anges le sublime "In Paradisum" de Duruflé !
Alain Pacquier
C'est au fil de quelques décennies de direction chorale amateur que j'ai mesuré, avec émotion, l'immense privilège d'avoir reçu le précieux enseignement de Pierre Cao. Tous ceux qui ont le bonheur de partager ce privilège se reconnaissent aisément à la précision, à la sobriété et à l'efficacité du geste enseigné, à commencer par cet avant-geste soigné qui indique d'emblée à la fois le tempo, la nuance et le caractère de la partition, à la battue d'une mesure qui, loin de n'être qu'un repère mécanique, impulse un engagement et une dynamique qui ne sera interrompue que par la netteté du geste final... bref à une gestique réfléchie qui sert la musique et respecte les attentes et le potentiel des choristes. Avec une patience et une humilité qui n'exclut nullement un haut niveau d'exigence, Pierre Cao a mis son savoir-faire professionnel et sa profonde passion pour la musique à la portée et au service du plus grand nombre, en développant la qualité de la pratique chorale amateur tout en réduisant l'amateurisme... Par la pertinence de sa pédagogie dispensée lors des stages de formation et illustrée par les grandes oeuvres produites en région lorraine, il nous a légué ce merveilleux jeu de miroirs où la responsabilité du chef de choeur rencontre la confiance des choristes, suscite le plaisir de chanter, pour vivre ensemble d'authentiques moments de bonheur musical.
Pierre Chevrier

