Samedi 8 octobre 2022

Tante Voci a bénéficié du dispositif Impulsons !

La saison dernière, l'INECC Mission Voix Lorraine a mis en place le dispositif « Impulsons ! » afin de venir en aide aux ensembles amateurs musicaux et/ou vocaux qui n'ont pas pu lancer leur projet en raison de la crise sanitaire. Grâce à « Impulsons ! », l'INECC a accompagné des ensembles amateurs à travers des formations vocales, chorales, de mises en scène, aide à la création, appui administratif ou à la communication et aide au financement. Plusieurs projets ont été présentés dont le projet « Frontière(s) » de l'ensemble Tante Voci. Rencontre.

Comment avez-vous eu connaissance du dispositif « Impulsons ! » et quels sont vos liens avec l'INECC Mission Lorraine ?

C'est en tant qu'adhérente à l'INECC et donc destinataire de ses informations, que l'association Tante Voci a eu connaissance du dispositif « Impulsons ! Ensemble(s) réalisons vos projets 2021-2022 ». Par ailleurs, nous avons développé à plusieurs reprises des actions en partenariat.

Qu'est-ce qui vous a poussé à présenter « Frontière(s) » et pouvez-vous nous le décrire plus en détail ?

Nous avions envisagé d'aborder la thématique de la frontière dès la saison 2019-2020 à notre retour d'une rencontre chantée dans le Frioul avec d'autres choeurs (La Tela – Répétika) qui, comme Tante Voci, font vivre la mémoire des chants issus de la tradition orale des différentes régions d'Italie. A cette occasion, nous avons découvert que les deux régions du Frioul et de l'Alsace-Moselle ont connu, au fil de l'histoire et au gré des annexions et redistributions de territoires, des frontières mouvantes avec des conséquences au niveau linguistique, psychologique, économique et culturel. Au retour d'Udine, la résonance de ces destins parallèles nous a invités à réfléchir à la thématique de la frontière dans ses diverses définitions mais aussi à partir de nos expériences personnelles et familiales.

Pour certains et certaines d'entre nous ces évocations ont renoué avec émotion, le lien aux racines italiennes, ce qui a constitué une motivation supplémentaire à mener à bien ce projet. Très rapidement nous avons eu envie d'élargir notre recherche en sollicitant les témoignages de Mosellans d'origine italienne sur leur vécu du passage des frontières dans leur itinéraire de migration. Par ailleurs, le répertoire des chants populaires italiens de tradition orale est riche de sujets qui évoquent la douleur des séparations, la misère des paysans et ouvriers, les poussant à la migration...

Toutes ces différentes étapes, au-delà des histoires individuelles, nous invitaient à relier ces propos à l'actualité dramatique des mouvements de population, ce qui nous confortait dans notre démarche. Dès 2019, nous avons souhaité partager ces matériaux d'une grande richesse avec le public et nous avons imaginé élaborer un concert spectacle qui pourrait les intégrer de manière cohérente et artistique. Mais l'épidémie COVID, par les contraintes et limitations de déplacements qu'elle a induites, a entravé le développement et la réalisation du projet.

Néanmoins la réflexion s'est poursuivie autour de :
  • la définition de nos demandes
  • la recherche d'intervenants professionnels
  • la recherche de subventions...
     
Nous avons aussi décidé de déployer, parallèlement à l'élaboration du spectacle, un volet culturel sur le thème de la frontière. Nous avons ainsi, par le biais d'un partenariat avec Cinéart et le Klub, proposé plusieurs films sur le sujet :
  • « Lothringen ! » de Danièle Huillet et Jean Marie Straub
  • « Le liseré vert » de Gilles Weinzaepflen
  • « Un paese di Calabria » de Shu Aiello et Catherine Catella
  • « Palerme » d'Emma Dante.
     
Nous avons également sollicité des artistes locaux pour deux expositions :
  • Odile Jager et Marité Braster, plasticiennes, ont proposé « Au-delà » au concept store la Capanna
  • Daniel Manzi, photographe, a exposé ses oeuvres sous le titre « Entre-deux, viaggio ai confini » à la galerie « Oui, vivre en Outre Seille »

Enfin, nous avons pu écouter deux conférences :
  • « Les frontières historiques de l'espace mosellan » par Monsieur Laurent Thurnherr, directeur de la Maison Robert Schuman et du Musée de la Guerre de1870 et de l'Annexion » au cloître des Récollets
  • « Le corps comme frontière entre moi et le monde » par Madame Dominique Marinelli, psychologue, psychanalyste au Conservatoire de Metz Métropole
     
Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Parce que si, par l'histoire de notre territoire et de ses habitants d'origines diverses, nous étions sensibilisés à la fois aux conséquences individuelles et sociétales des déplacements de frontières et des migrations, la rencontre d'une histoire similaire en Italie a éveillé dans le groupe, souvenirs et questionnements qui nous ont amenés à un désir d'approfondissement de la thématique.
Par ailleurs, ce sujet – la traversée des frontières - les migrations et ce qu'elles impliquent de douleur et d'effort pour quitter son pays et s'adapter dans un autre – trouvait un écho brûlant dans notre actualité. Nous espérions, en déployant ce thème dans un registre artistique et sous différentes modalités, induire chez les spectateurs des réflexions et des liens avec des situations contemporaines.

Qu'avez-vous pu développer grâce à « Impulsons » que vous n'auriez pas pu mettre en place le cas échéant ?

« Impulsons » nous a aidés à rémunérer les artistes professionnels - Tania Pividori – René Le Borgne – Heidi Brouzeng- que nous avions sollicités dans le cadre de notre projet de création d'un « Concert théâtralisé ».

Nous avions en effet, en plus de nos souhaits d'approfondissement de la pratique du répertoire italien de tradition orale, des demandes :
  • d'aide autour du travail
  • de la voix chantée et parlée projetée
  • de la voix associée à des déplacements
  • du travail corporel : assurance du corps dans l'espace
  • d'aide à la mise en scène d'un spectacle musical : comment organiser l'entrelacement des textes et des chants, de la voix parlée et de la voix chantée ainsi que de la musique
  • d'aide à l'élaboration de podcasts à partir des matériaux enregistrés
     
« Impulsons ! », en favorisant la réalisation du spectacle, a contribué à remobiliser les énergies des chanteurs et chanteuses de Tante Voci autour de ce projet fédérateur tant par sa thématique que par ses objectifs.

Quels sont vos projets pour la suite et quelles traces souhaitez-vous que « Frontière(s) » laisse dans l'esprit du public ?

Nos projets :
  • trouver d'autres scènes qui accueilleraient le spectacle
  • finaliser la réalisation des podcasts.
  • chercher une manière de valoriser les témoignages recueillis et les textes écrits qui soit différente et complémentaire des podcasts ; par exemple en les incluant dans un livre...
Le thème de la – des Frontière(s) est vaste et peut être abordé sous des angles très différents, comme nous l'ont donné à voir d'autres spectacles.  Nous avons choisi de diriger le projecteur sur la traversée des frontières et, plus précisément, sur les expériences d'émigrés italiens vers notre région. Nous avons aussi eu à coeur de proposer une ouverture culturelle autour de ce propos, en invitant le public à vivre d'autres modalités d'évocation de ce sujet (films – arts plastiques -photos – conférences). Mais, ce qui émerge des discussions avec les spectateurs à fin du spectacle, c'est que ce thème trouve un écho chez chacun, qu'il soit ou non d'origine italienne ou immigrée. En effet, l'illustration de cette thématique par des chants, des textes et des témoignages donne à toute personne l'occasion de s'interroger sur son rapport à la – et aux Frontière(s).
 
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