18 Novembre 2021

Encadrer un groupe de pratiques vocales collectives en musiques actuelles

Créée par la CNCP et destinée à tout musicien·ne, chef·fe de choeur, chanteur·euse, musicien·ne, intervenant·e, animateur·trice, professeur·e de l'enseignement général et spécialisé, la certification atteste de compétences pour encadrer un groupe vocal en musiques actuelles. Référence auprès des employeurs et des publics, elle a pour objectifs de garantir et certifier une maîtrise professionnelle, mettre en oeuvre un processus de vérification et d'obtenir la reconnaissance d'une instance professionnelle légitime. Pour cette deuxième édition,  deux candidats accompagnés par l'INECC Mission Voix Lorraine ont été reçus à l'unanimité : Nathanaël Zarca et Line Tafomat.  Ces derniers ont accepté de nous faire un retour sur leur expérience.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Nathanaël Zarca : J'ai longtemps pratiqué la guitare classique en conservatoire et eût le goût de la chanson notamment pop/rock. Après une licence en Lettres & Arts à Paris VII-Diderot, je suis parti en Allemagne effectuer une mission de service civique en tant qu'assistant de langue. J'ai découvert sur place l'importance du chant choral tel qu'il est pratiqué dans les Gymnasium avec un répertoire de musiques actuelles très prégnant : Supertramp, Elton John, Stevie Wonder... subtilement arrangés par un professeur très charismatique et interprété avec passion et talent par les lycéens. Ce fut une révélation.

De retour en France, je me suis inscrit au CFMI de Sélestat (Université de Strasbourg) où le chant choral était aussi enseigné. J'y ai fait mes premiers pas en tant qu'assistant chef de choeur, en particulier auprès d'un ensemble spécialisé en reprises rock. J'ai voulu continuer sur cette voie et ai donc poursuivi par un cursus de direction de choeur au Conservatoire de Strasbourg pendant deux ans où le répertoire était plus classique. Pour rester proche de l'univers des musiques actuelles où je me sens davantage « à la maison », j'ai effectué en parallèle un cycle de stages de direction de choeur axée pop & jazz en Allemagne à Wolfenbüttel.

Fort de ces expériences, je travaille depuis 3 ans en Île-de-France en tant que chef de choeur avec des publics variés : adultes amateurs, enfants et adolescents en conservatoire ou au sein d'un orchestre avec le projet DEMOS. Comme j'aime beaucoup découvrir, apprendre et rencontrer, je participe aussi souvent que possible à des formations, séminaires ou workshops sur des thématiques artistiques et pédagogiques.  Je continue également de pratiquer la guitare, le chant et le piano et compose des chansons, d'animer des séjours musicaux pour les jeunes l'été via une association d'éducation populaire et de chanter dans un ensemble vocal.

Line Tafomat : J'ai commencé le chant à 19 ans en étant choriste dans des groupes de reggae et dans des chorales. C'est aussi l'époque où les albums Bobby McFerrin et Zap Mama, tournent en boucle. Avec eux, je réalise que la voix chantée va bien au-delà de « couplet-refrain » qu'elle peut se passer de mots, inventer des langages imaginaires et devenir une ligne de basse, une trompette. Qu'elle se transcende aussi lorsqu'elle s'accorde à la voix des autres pour devenir de véritables sections de cordes ou de cuivres par exemple. Quelques années plus tard, je fais la connaissance de la TCM d'Allan Wright qui développe significativement ma pratique artistique autant que ma pratique pédagogique.

De mon entrée dans le monde de la voix il y'a plus de 20 ans à aujourd'hui, j'ai pour ainsi dire tout le temps pratiqué en polyphonie, que ce soit lead sur scène accompagnée d'une section choeurs, au looper en home studio, en direction de choeur ou encore en soliste avec le public dans les concerts participatifs. Aimant beaucoup improviser, la rencontre avec les circlesongs s'est faite avant même de savoir comme cela s'appelait. La récurrence des moments de grâce co-créés, leur forte capacité d'inclusion, la possibilité d'en faire un vecteur des notions musicales et leur ancrage dans la pratique font des circlesongs et de la co-improvisation un terrain d'expérimentation qui continue de me passionner et de m'inspirer à tous les niveaux de ma pratique, qu'elle soit artistique et/ou pédagogique.

Fortement imprégnée des musiques panafricaines qui couvrent un large spectre du maloya réunionnais à la soul noir-américaine, je marie le travail de la voix à celui du rythme, du corps et du mouvement. En ce sens, les formations effectuées avec Laurent Kraif en France et Mauricio Sprovieri au Brésil m'ont plongée dans le monde percussions corporelles et la pédagogie du rythme.

Ajoutons à cela une formation en Facilitation en Intelligence Collective avec Thomas E. Gérard qui m'a donné des outils de gestion de groupe, d'inclusion de chacun·e dans un cadre bienveillant et porteur. Avec ses virages, ses détours, ses fleurs et ses expériences, je suis heureuse de mon parcours et je pense sincèrement que la certification lui apporte encore un peu plus de légitimité en même temps qu'elle ouvre la porte à de nouveaux possibles pour être au service de ce qui m'est essentiel, jouer de la musique et être. Ensemble.

Quelles ont été vos motivations pour obtenir cette certification ? Artistiquement, qu'est-ce qui vous attire le plus dans le fait d'encadrer un groupe de pratiques vocales collectives en musiques actuelles ?

Nathanaël Zarca : J'ai passé cette certification dans le but d'avoir une reconnaissance de mon parcours et de mes compétences en France. De plus, il s'agissait de m'ouvrir de nouvelles opportunités artistiques et professionnelles. Enfin cela me permettra de m'inscrire d'avantage au sein du réseau et du vivier de chef·fes de choeur de musiques actuelles, prendre part à des initiatives communes autour de la profession.

Au-delà de mon goût pour ces chansons et ces voix qui m'accompagnent au quotidien et me font vibrer, j'ai choisi de me spécialiser dans le répertoire musiques actuelles car cela permet une grande liberté artistique et pédagogique, au sein de laquelle je trouve du sens à la fois musical et social. En effet, pour trouver le bon « groove », chercher le son adéquat et incarner l'histoire, le message, l'émotion du morceau qu'on interprète... on passe par des exercices collectifs d'écoute et de création qui en plus de leur dimension technique (importante !) développent la dynamique de groupe, la joie et la résonance avec les autres, la connexion au moment présent sans interface ni compétition. C'est particulièrement précieux aujourd'hui !

Line Tafomat : Deux questions en une… Pour la première : mes motivations ont été l'évidence de l'adéquation entre mon parcours /mon profil et l'intitulé de la certification d'une part et ses objectifs d'autre part. Étant immergée dans les pratiques vocales collectives en musiques actuelles depuis de nombreuses années, j'avais accepté depuis longtemps que mon parcours se déroule hors des sentiers battus. Cela a eu du bon car j'y ai développé autonomie, indépendance et un réseau de professionnels, de partenaires et de publics. À mes yeux, la certification vient valider un parcours aux yeux des institutions. Je trouve très encourageant que les institutions les reconnaissent comme une discipline et un métier à part entière.

Ce qui m'attire artistiquement dans l'encadrement d'un groupe de pratiques vocales collectives en musiques actuelles ? L'expression « jouer de la musique » englobe bien ma vision des choses. Ces pratiques telles que je les envisage ont une forte dimension musicale bien sûr et aussi sociale, culturelle et humaine car elles considèrent le corps comme un instrument de musique à part entière, elles contribuent au faire-ensemble et rendent l'apprentissage de la musique accessible à chacun·e.

Que ce soit avec une chorale, un ensemble vocal professionnel ou lors d'un stage, il s'agit d'accompagner les personnes à faire plus ample connaissance avec l'instrument de musique-voix qu'ils·elles ont en eux·elles, d'encourager une écoute fine de ce qui se joue au propre comme au figuré pour gagner en précision, en justesse, en cohésion et en plaisir. Ouvrir le chant des possibles en somme. Et quel cadeau de voir les corps s'animer, les sourires s'épanouir, les zones de confort s'élargir et la musique fleurir.

Comment avez-vous été accompagné·e pour la préparation à cette certification ?

Nathanaël Zarca : J'ai été supervisé par Tristan Krenc en sa qualité de directeur de l'INECC Lorraine qui m'a aidé à finaliser mon dossier écrit, à organiser ma présentation orale et à mieux cerner les attentes du jury. Cette préparation s'est faite par visioconférence et échanges de mails. Cet accompagnement a été très bénéfique et je le conseille à tous·tes celles·ceux qui voudraient passer cette certification.

Line Tafomat : Un rendez-vous téléphonique et un autre en visioconférence avec Jeanne Bainville, coordinatrice de la certification, ont été fort aidants pour mettre en lumière les acquis et expériences de mon parcours. Également, le sentiment d'être écoutée dans mes questionnements, de parler la même langue pourrait-on dire et d'avoir la confirmation de m'être reconnue en lisant les profils auxquels s'adressait la certification.

Comment comptez-vous utiliser cette certification dans vos projets personnels comme professionnel ?

Nathanaël Zarca : Cette certification pourrait faciliter les démarches pour la création d'un ensemble vocal professionnel  en musiques actuelles, projet que j'espère mettre sur pied (seul ou en direction partagée !) à moyen terme.
Elle pourra renforcer ma légitimité auprès de mes différents employeurs, pour que les musiques actuelles s'insèrent de manière plus harmonieuse dans les cursus type conservatoire : avoir de nouveaux équipements, organiser des master class, etc.

Line Tafomat : Avec la certification et notamment par les membres du jury et l'équipe de coordination des Missions-Voix, je souhaite échanger sur le formation de formateurs en pratiques vocales collectives improvisées longue durée qui est en cours d'élaboration. Avoir des regards extérieurs et des espaces de discussions est un outil fort constructif.

Aussi, la certification est une porte d'entrée vers des publics avec lesquels j'aimerais travailler : musiciens-pédagogues, chefs de choeurs, intervenants, conservatoires, écoles de musique…Enfin, intégrer un réseau de professionnels des pratiques vocales collectives pour échanger sur nos pratiques, partager nos ressources, mutualiser nos compétences est une perspective à laquelle j'aurai plaisir de contribuer.

Que recommanderiez-vous à un·e collègue pour parler de l'enjeu de cette certification ?

Nathanaël Zarca : Je recommanderais de se faire accompagner pour la préparation du dossier et de l'oral de cette certification. Je conseillerais également de bien analyser en amont les différents items de la certification afin d'identifier si des formations complémentaires pourraient enrichir le dossier du candidat, sachant que ces formations peuvent être prises en charge par le CPF.

Line Tafomat : De remplir le dossier de candidature ! Parce que chemin faisant, il permet d'expliciter les expériences vécues ainsi les savoirs, savoir-faire et savoir-être acquis tout au long d'une carrière, ce que nous faisons finalement assez rarement. Cela permet le cas échéant de repérer les atouts que nous pouvons valoriser, et aussi d'identifier les éventuels points de progression qu'il sera alors possible de développer avec une formation dédiée.


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